Tendances
Le retour du bijou masculin
Par La Rédaction de L’Écrin · 6 min de lecture
Chaînes en or, chevalières, bagues et même broches : après un long XXe siècle où l’homme s’était réduit à l’alliance et à la montre, le bijou masculin revient au premier plan. Une nouveauté ? Plutôt un retour aux sources.
On présente souvent le bijou masculin comme une audace contemporaine. C’est oublier l’histoire. Des bagues-sceaux de l’Égypte antique aux pourpoints constellés de pierres de la Renaissance, des colliers d’ordre des rois aux boutons de manchette du dandy, l’homme a porté des bijoux pendant l’essentiel de l’histoire. La vraie anomalie, c’est le XXe siècle — et c’est à cette parenthèse que la joaillerie est en train de mettre fin.
La parenthèse du siècle sobre
Au tournant du XIXe et du XXe siècle, le vestiaire masculin se discipline. Le costume sombre s’impose comme uniforme, et avec lui l’idée qu’un homme sérieux ne s’orne pas. Le bijou se réfugie dans quelques objets tolérés : l’alliance, la montre, les boutons de manchette, l’épingle de cravate, la chevalière héritée. Tout le reste devient suspect. Pendant des décennies, parer un homme relève de la transgression.
Ce qui a changé
Plusieurs mouvements de fond ont rouvert la porte. La fluidité des codes de genre a estompé l’idée qu’un bijou aurait un sexe. Les maisons ont développé des lignes non genrées ou masculines — bagues larges, chaînes, joncs. La culture populaire, du hip-hop qui a fait de la chaîne un manifeste au tapis rouge où les acteurs portent broches et colliers, a rendu le bijou d’homme désirable et visible. Le mouvement n’est pas une lubie de podium : il traverse le quotidien.
La vraie anomalie n’est pas l’homme qui se pare : c’est le siècle qui le lui avait interdit. La joaillerie ne fait que refermer la parenthèse.
Le vocabulaire du bijou masculin
Le retour ne copie pas la joaillerie féminine ; il a sa grammaire. La chevalière, chargée d’histoire et d’appartenance, en reste la pièce reine. La chaîne — maille forçat, gourmette — joue le volume et la matière. Le jonc et la bague large privilégient le graphisme à la pierre. L’or jaune, longtemps boudé, y revient en force, aux côtés de l’argent et de l’acier. Quand la pierre apparaît, elle se fait souvent sombre — onyx, œil-de-tigre — ou minérale, loin du brillant d’apparat.
Les pièces du renouveau
| Pièce | Ce qu’elle dit |
|---|---|
| La chevalière | Héritage et affirmation de soi : la plus ancienne des parures masculines. |
| La chaîne | Volume et matière ; de la maille discrète au manifeste assumé. |
| Le jonc large | Le graphisme avant la pierre : une élégance architecturale et sobre. |
Une tendance de fond
Rien n’indique un simple feu de paille. La demande masculine progresse, les maisons créent des collections dédiées, et surtout le regard a changé : porter un bijou n’est plus, pour un homme, une déclaration risquée mais un choix de style parmi d’autres. En renouant avec des siècles de tradition, le bijou masculin ne fait pas la révolution — il rentre à la maison. Reste aux créateurs à inventer, pour cet homme réconcilié avec la parure, un vocabulaire qui lui ressemble.
Repères
- Les hommes ont porté des bijoux durant l’essentiel de l’histoire ; la sobriété masculine est surtout un phénomène du XXe siècle.
- Longtemps, le bijou masculin s’est réduit à l’alliance, la montre et les boutons de manchette.
- Fluidité des genres, culture populaire et lignes dédiées des maisons nourrissent le retour actuel.
- Chevalière, chaîne et jonc large en sont les pièces phares, souvent en or jaune ou en argent.
- La tendance s’inscrit dans la durée, portée par une évolution du regard social.
Pour aller plus loin
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