Buccellati, la dentelle d’or de Milan

Collier en or travaillé — illustration

Collier en or travaillé — illustration

Créateurs

Buccellati, la dentelle d’or de Milan

Par La Rédaction de L’Écrin · 7 min de lecture

Chez Buccellati, l’or se fait tulle, lin et dentelle. Depuis Milan, la maison perpétue un art de la gravure hérité de la Renaissance.

Il suffit d’approcher un bijou Buccellati pour comprendre sa singularité : l’or y semble tissé, guilloché, ajouré comme une étoffe précieuse. Là où la plupart des grandes maisons font de la pierre leur héroïne, Buccellati met le métal au premier plan. Fondée à Milan en 1919 par Mario Buccellati, la maison a bâti sa réputation non sur la surenchère de carats, mais sur un travail de l’or d’une virtuosité rare, directement hérité des orfèvres de la Renaissance italienne.

Le prince des orfèvres

Mario Buccellati apprend le métier très jeune, en apprentissage dans un atelier d’orfèvrerie milanais, avant d’ouvrir sa propre boutique en 1919, au cœur de Milan. Son talent attire vite une clientèle prestigieuse. Son ami, le poète Gabriele D’Annunzio, le surnomme le « prince des orfèvres » (principe degli orafi) et lui commande de nombreuses pièces, qu’il offre à ses proches. Les cours royales d’Italie, d’Espagne, d’Égypte et du Vatican comptent bientôt parmi ses clients. En 1951, la maison ouvre une boutique sur la Cinquième Avenue à New York, portant son style italien de l’autre côté de l’Atlantique.

Pendentif et boucles en or — illustration

Un vocabulaire de textures

La signature de la maison tient à ses techniques de gravure, exécutées au burin à la main. Le rigato creuse dans l’or de fines rayures parallèles qui adoucissent son éclat et lui donnent un aspect satiné ; le telato croise ces lignes pour imiter la trame d’une toile de lin ; l’ornato et le modellato ciselent des motifs floraux et animaliers en relief, dans l’esprit de la Renaissance ; le segrinato, enfin, produit un fourmillement de traits qui accroche la lumière comme une poussière d’or. Associé à l’ajouré en nid d’abeille (le fameux « tulle » d’or), ce répertoire donne aux bijoux leur inimitable aspect de dentelle.

Le mariage des ors

Autre marque de fabrique : Buccellati joue des couleurs de l’or. Or jaune, or blanc, or rose et parfois argent sont associés au sein d’une même pièce, chaque nuance soulignant un motif ou un contraste. La maison privilégie souvent les diamants taillés en rose — une taille ancienne, plus mate et plus douce que le brillant — et les pierres de couleur montées en cabochon, davantage pour leur teinte que pour leur feu. Résultat : des bijoux qui semblent sortis d’un tableau de la Renaissance plutôt que d’une vitrine contemporaine.

Chez Buccellati, la valeur ne vient pas d’abord de la pierre, mais de la main : l’or gravé devient matière vivante.

Une maison transmise

L’art de Mario passe à ses fils — dont Gianmaria Buccellati, qui développera considérablement la maison — puis à ses petits-enfants, parmi lesquels Andrea Buccellati, aujourd’hui garant du style et directeur artistique honoraire. Cette transmission familiale, sur plusieurs générations, explique la remarquable continuité d’un style resté fidèle à lui-même pendant un siècle. En 2019, pour son centenaire, la maison entre dans le giron du groupe Richemont, qui lui assure un nouvel élan tout en préservant ses ateliers et son savoir-faire.

Un art de la main

Ce qui frappe, chez Buccellati, c’est la lenteur assumée : une pièce peut demander des centaines d’heures de gravure, chaque trait exécuté à la main par un maître graveur. Dans un secteur où la mécanisation gagne du terrain, la maison milanaise reste l’une des rares à faire du geste manuel le cœur de sa valeur. Ce travail du métal fait écho à d’autres savoir-faire d’orfèvrerie que nous explorons, comme la granulation ou le guillochage.

Repères techniques

Élément Détail
Fondation 1919, Milan
Fondateur Mario Buccellati
Signature gravures rigato, telato, ornato, modellato, segrinato
Depuis 2019 groupe Richemont

L’or comme une étoffe

Un siècle après ses débuts, Buccellati reste l’une des rares maisons à faire de la gravure du métal le cœur de son identité. Dans un univers dominé par la course aux pierres, elle rappelle une vérité ancienne : l’orfèvrerie est d’abord un art de la main, où la matière la plus précieuse est le temps passé à la travailler.

Repères

  • Maison fondée à Milan en 1919 par Mario Buccellati.
  • Surnommé le « prince des orfèvres » par Gabriele D’Annunzio.
  • Techniques signatures : rigato, telato, ornato, modellato, segrinato.
  • Aspect de dentelle obtenu par la gravure de l’or et l’ajouré en nid d’abeille.
  • Transmission familiale sur plusieurs générations ; rejoint Richemont en 2019.

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