Mellerio, la plus ancienne maison de joaillerie

Diadème ancien en diamants et perles — illustration
Diadème ancien en diamants et perles — illustration

Collections

Mellerio, la plus ancienne maison de joaillerie

Par La Rédaction de L’Écrin · 6 min de lecture

Une famille venue des Alpes italiennes, un privilège royal accordé en 1613, une même lignée aux commandes depuis plus de quatre siècles : Mellerio dits Meller est réputée la plus ancienne maison de joaillerie d’Europe. Portrait d’une dynastie qui a habillé les cours d’Europe sans jamais quitter les mains de sa famille.

Certaines maisons se mesurent à leurs pierres, d’autres à leur histoire. Mellerio appartient à cette seconde catégorie. Installée rue de la Paix depuis le début du XIXe siècle, elle fait remonter son activité à 1613 et se présente comme la plus ancienne entreprise de joaillerie d’Europe — l’une des plus anciennes affaires familiales encore en activité au monde. Derrière ce record de longévité se cache un fil ininterrompu : celui d’une même famille, transmis de génération en génération, sans rupture ni rachat.

Des colporteurs lombards devenus joailliers

L’histoire commence loin de Paris, dans la vallée de Vigezzo, au nord de l’Italie, sur les contreforts alpins proches de la frontière. C’est de ce val que, au début du XVIe siècle, la famille Mellerio quitte son village de Craveggia pour gagner la France, comme beaucoup d’artisans et de marchands de sa vallée à cette époque. Colporteurs d’abord, marchands de menus objets précieux — cristal taillé, quincaillerie fine, babioles d’orfèvrerie — les Mellerio s’établissent peu à peu et se fixent à Paris, où ils font souche.

Ce passage du colportage au métier de joaillier n’a rien d’anecdotique : il dit une trajectoire, celle d’une famille d’immigrés devenue, au fil des générations, fournisseur des têtes couronnées. Le nom lui-même, « Mellerio dits Meller », garde la trace de cette double appartenance italienne et française.

1613 : le privilège de Marie de Médicis

La date fondatrice retenue par la maison est 1613. Cette année-là, la régente Marie de Médicis — qui gouverne au nom du jeune Louis XIII — accorde à la famille Mellerio, ainsi qu’à d’autres habitants de leur vallée d’origine, des lettres patentes leur reconnaissant le privilège d’exercer et de vendre leurs marchandises à travers le royaume, sans être soumis aux contraintes corporatives ordinaires. La tradition de la maison relie ce geste à un service rendu à la Couronne.

Un privilège royal de 1613, renouvelé par les rois de France jusqu’à Louis XVI : rarement une maison de joaillerie aura pu inscrire son acte de naissance aussi haut dans l’Histoire.

Ce privilège, régulièrement confirmé par les souverains successifs jusqu’à Louis XVI, offre aux Mellerio une liberté commerciale rare. C’est sur ce socle que la famille bascule progressivement du négoce d’objets précieux vers la joaillerie proprement dite.

Diadème ancien serti de diamants et de perles — illustration

Fournisseur des cours royales

Au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, Mellerio entre dans le cercle des fournisseurs des cours. Jean-Baptiste Mellerio commence à vendre à Versailles dans les années 1770 et s’attire la faveur de la reine Marie-Antoinette. Sous l’Empire et la période qui suit, la maison conserve la clientèle de l’impératrice Joséphine. Plus tard, une succursale ouverte à Madrid au milieu du XIXe siècle rapproche Mellerio de la cour d’Espagne, avec parmi ses clientes la reine Isabelle II et la future impératrice Eugénie.

Rois et reines de France, d’Espagne, d’Italie, des Pays-Bas : au fil du XIXe siècle, Mellerio devient l’un des grands pourvoyeurs des maisons régnantes d’Europe. Cette clientèle royale a laissé une trace tangible — un fonds d’archives considérable, riche de dizaines de milliers de dessins et de documents.

Rue de la Paix, une adresse presque immuable

Au début du XIXe siècle, la maison s’installe à Paris. François Mellerio transfère l’atelier au 9, rue de la Paix en 1815 — une adresse que la maison occupe encore aujourd’hui. Cette rue, qui allait devenir l’un des cœurs de la haute joaillerie parisienne, doit ainsi à Mellerio l’une de ses plus anciennes présences continues.

Rester à la même enseigne, dans la même rue, pendant plus de deux siècles : le détail résume à lui seul l’esprit de la maison, faite de fidélité aux lieux comme aux personnes.

Le style naturaliste et les pièces iconiques

Sur le plan créatif, Mellerio s’est illustrée dans l’art du diadème et dans une veine naturaliste, où fleurs, feuillages et motifs végétaux tiennent une place de choix. La maison est célèbre pour ses aigrettes et, en particulier, pour une aigrette en forme de paon dont le plumage épouse le vocabulaire de la nature — l’un des motifs les plus attachés à son nom.

À cette identité s’ajoute une signature technique : la « taille Mellerio », un mode de taille du diamant en forme d’ovale inscrit dans une ellipse, qui fait écho au geste discret par lequel la famille glisse, depuis des générations, un rappel de ses origines dans ses créations. Diadèmes de cour, aigrettes, parures fleuries : le répertoire de la maison compose un catalogue où la virtuosité se met au service d’une élégance jamais tapageuse.

Quatre siècles en quelques dates

RepèreÉtape
XVIe s.Départ de la vallée de Vigezzo vers la France
1613Privilège accordé sous la régence de Marie de Médicis
1815Installation au 9, rue de la Paix à Paris
Aujourd’huiMaison toujours dirigée par la famille Mellerio

Une maison familiale, aujourd’hui encore

Ce qui distingue peut-être le plus Mellerio, c’est sa continuité familiale. La direction est aujourd’hui assurée par la quatorzième génération de la famille — un cas rare, qui vaut à la maison son appartenance aux Hénokiens, l’association internationale des entreprises familiales plus que bicentenaires, et au Comité Colbert. Prudence de rigueur sur les chiffres : dater précisément des événements de plus de quatre siècles ou dénombrer des générations exige des sources d’archives, et la maison elle-même reste la première dépositaire de son histoire.

Reste l’essentiel : depuis les colporteurs de la vallée de Vigezzo jusqu’aux vitrines de la rue de la Paix, une même famille a tenu le fil. C’est cette continuité, plus encore que ses diadèmes, qui fait de Mellerio une exception dans le paysage de la haute joaillerie.

Repères

  • Mellerio dits Meller est réputée la plus ancienne maison de joaillerie d’Europe, encore en activité.
  • Origines lombardes : famille venue de la vallée de Vigezzo, colporteurs devenus joailliers.
  • Privilège fondateur accordé en 1613 sous la régence de Marie de Médicis, renouvelé jusqu’à Louis XVI.
  • Fournisseur de cours royales : Marie-Antoinette, l’impératrice Joséphine, la cour d’Espagne.
  • Installée au 9, rue de la Paix à Paris depuis 1815.
  • Entreprise familiale dirigée par la quatorzième génération ; style naturaliste, diadèmes et aigrette « paon ».

Pour aller plus loin

Lien commercial — Envie d’explorer la joaillerie de création française ? Découvrez pièces et créateurs sur France Joaillerie.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *