Les œufs Fabergé, chef-d’œuvre de l’orfèvrerie impériale

Bague ancienne en or sertie d'une émeraude et de diamants — illustration

Bague ancienne en or sertie d'une émeraude et de diamants — illustration

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Les œufs Fabergé, chef-d’œuvre de l’orfèvrerie impériale

Par La Rédaction de L’Écrin · 6 min de lecture

Cinquante œufs de Pâques d’or, d’émail et de pierres précieuses, offerts par deux tsars à leurs impératrices : les œufs impériaux de Fabergé sont l’un des sommets de l’orfèvrerie européenne. Chacun cache une surprise — et une part de l’histoire de la Russie.

Il n’existe peut-être pas, dans toute l’histoire de la joaillerie, d’objets plus fascinants que les œufs de Pâques impériaux de la maison Fabergé. Entre 1885 et 1916, l’orfèvre pétersbourgeois Peter Carl Fabergé (1846-1920) en livra une cinquantaine à la cour de Russie : des œufs d’or, d’émail et de gemmes, chacun renfermant une surprise. Chefs-d’œuvre de miniature autant que symboles d’un empire à son crépuscule, ils comptent aujourd’hui parmi les objets d’art les plus convoités au monde.

1885 : le premier œuf, un pari de Pâques

Tout commence à Pâques 1885. Le tsar Alexandre III cherche un présent pour son épouse, l’impératrice Maria Feodorovna, et commande à Fabergé un œuf inspiré d’une pièce du XVIIIe siècle. En apparence, un simple œuf d’émail blanc opaque ; mais il s’ouvre pour révéler un jaune d’or mat, dans lequel se niche une petite poule d’or. Celle-ci renfermait à son tour, dit-on, une réplique de la couronne impériale et un pendentif de rubis, aujourd’hui perdus. Émerveillée, l’impératrice consacra cet « œuf à la poule » comme le premier d’une longue lignée : Alexandre III nomma Fabergé fournisseur de la Cour et fit du cadeau une tradition annuelle.

Bijoux d'or et perles sur fond clair — illustration

Une tradition impériale, deux œufs par an

À la mort d’Alexandre III en 1894, son fils Nicolas II perpétua la coutume — en la doublant. Chaque Pâques, il offrait désormais deux œufs : l’un à sa mère, l’impératrice douairière Maria Feodorovna, l’autre à son épouse Alexandra Feodorovna. La maison disposait d’une année entière pour concevoir chaque pièce, dans le plus grand secret : le tsar lui-même ignorait à quoi ressemblerait l’œuf. Les maîtres-orfèvres de l’atelier — Michael Perchin, puis Henrik Wigström — rivalisèrent d’ingéniosité, portant l’émail guilloché et le sertissage à un raffinement rarement égalé.

Le tsar lui-même ignorait à quoi ressemblerait l’œuf : la seule consigne donnée à Fabergé était qu’il renferme une surprise.

L’art de la surprise

C’est cette surprise qui fait la légende. L’Œuf du Couronnement (1897), tout d’or et d’émail jaune translucide, s’ouvre sur une réplique miniature — quelques centimètres à peine — du carrosse du sacre de Nicolas II, roues tournantes et portières ouvrantes comprises. L’Œuf du Transsibérien (1900) cache un train mécanique d’or et de platine que l’on remonte avec une clef, hommage à la grande ligne ferroviaire. L’Œuf d’hiver (1913), taillé dans le cristal de roche et rehaussé de milliers de diamants, évoque le givre et compte parmi les œufs Fabergé les plus chers jamais passés en vente. Chaque œuf est un monde clos, une horlogerie d’émotion.

Quelques œufs légendaires

Œuf Année La surprise
Œuf à la poule 1885 Une poule d’or cachée dans le jaune.
Œuf du Couronnement 1897 Une réplique miniature du carrosse du sacre.
Œuf du Transsibérien 1900 Un train mécanique d’or et de platine.
Œuf d’hiver 1913 Cristal de roche et diamants, en écho au givre.

La dispersion, puis la légende

La révolution de 1917 mit brutalement fin à la tradition : deux œufs restèrent inachevés. Confisqués par les bolcheviks, beaucoup furent vendus à l’étranger dans les années 1920 et 1930 pour rapporter des devises au jeune régime soviétique. Ils échouèrent dans les grandes collections occidentales — celle de l’éditeur américain Malcolm Forbes en réunit ainsi neuf. En 2004, l’homme d’affaires russe Viktor Vekselberg racheta la collection Forbes juste avant sa mise aux enchères et la ramena en Russie : ces neuf œufs forment aujourd’hui le cœur du musée Fabergé de Saint-Pétersbourg. Le Kremlin en conserve dix, la Royal Collection britannique trois. Quelques-uns manquent encore à l’appel : en 2014, un « troisième œuf impérial » de 1887, longtemps tenu pour perdu, refit surface aux États-Unis, racheté par hasard avant d’être identifié.

Derrière l’or et les diamants, les œufs Fabergé racontent un savoir-faire — l’émail guilloché, l’émail grand feu, la miniature — porté à son incandescence, et l’histoire d’un empire qui, en s’offrant des œufs de Pâques, célébrait sans le savoir son propre crépuscule.

Repères

  • Peter Carl Fabergé livra une cinquantaine d’œufs impériaux à la cour de Russie entre 1885 et 1916.
  • Le premier, l’« œuf à la poule », fut commandé par Alexandre III pour l’impératrice Maria Feodorovna.
  • Nicolas II en offrait deux chaque Pâques : un à sa mère, un à son épouse.
  • Chaque œuf renfermait une surprise : carrosse, train mécanique, portrait ou automate miniature.
  • Sur la cinquantaine réalisée, une quarantaine nous sont parvenus, dispersés entre musées et collections.

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