Créateurs
Paul Flato, le joaillier des stars d’Hollywood
Par La Rédaction de L’Écrin · 7 min de lecture
Il habilla Katharine Hepburn et Greta Garbo, inventa des bijoux drôles et sensuels, régna sur Hollywood — puis tomba pour escroquerie et finit en prison. Paul Flato est la comète brillante et maudite de la joaillerie américaine.
Tous les grands noms de la joaillerie ne sont pas des dynasties prudentes. Certains sont des météores. Paul Flato, né au Texas en 1900, fut de ceux-là : un vendeur de génie, un dessinateur d’une inventivité folle, le premier joaillier à comprendre le pouvoir d’Hollywood — et un homme dont l’ambition finit par le perdre. Son histoire est celle d’une ascension éclatante et d’une chute retentissante.
New York, puis les projecteurs
Flato ouvre son salon à New York à la fin des années 1920. Charmeur, mondain, il attire vite la haute société. Mais son coup de génie est ailleurs : en 1937, il ouvre une boutique à Los Angeles, au plus près des studios. Personne n’avait encore fait le lien entre le cinéma et la haute joaillerie. Flato, lui, comprend que les stars sont les nouvelles reines, et que leurs bijoux — à l’écran comme à la ville — font rêver l’Amérique entière. Il devient « le joaillier des stars ».
Une joaillerie drôle et sensuelle
Ce qui distingue Flato, c’est l’esprit. Sa joaillerie est narrative et souvent malicieuse : des clips en forme de mains, des nœuds dénoués, des bijoux « Deaf and Dumb » inspirés du langage des signes, des cœurs, des plumes. Il travaille avec des dessinateurs de grand talent — dont un certain Fulco di Verdura, avant que celui-ci ne vole de ses propres ailes. Ses pièces apparaissent au cinéma, portées par Katharine Hepburn dans Holiday ou par les plus grandes vedettes du moment. Le bijou, chez lui, n’est jamais qu’une démonstration de richesse : c’est un trait d’esprit.
Des mains, des nœuds, des cœurs : Flato fit de la joaillerie un langage spirituel, drôle et sensuel, longtemps avant que ce ton devienne une mode.
La chute
Mais la maison brûle la chandelle par les deux bouts. À court de liquidités, Flato se met à emprunter des pierres à ses fournisseurs et à les revendre sans les payer. Le scandale éclate au début des années 1940 : poursuivi pour escroquerie, il est condamné et emprisonné. Libéré, il tente de renaître, s’installe finalement au Mexique où il ouvre une nouvelle boutique et retrouve une clientèle. Il meurt en 1999, presque centenaire, longtemps oublié du grand public.
Ce qui fait un « Flato »
| Trait | Détail |
|---|---|
| L’esprit avant le carat | Des bijoux qui racontent une histoire ou font sourire, plus que des parures d’apparat. |
| Hollywood pour vitrine | Premier joaillier à s’installer à Los Angeles et à habiller les stars, à l’écran et à la ville. |
| Des dessinateurs d’exception | Il sut s’entourer de talents, dont Fulco di Verdura à ses débuts américains. |
Une réhabilitation posthume
Longtemps, le nom de Flato ne survécut que chez les collectionneurs. Puis les ventes aux enchères et les expositions ont redécouvert la modernité de son trait, sa liberté, son humour. On mesure aujourd’hui à quel point il a précédé son temps : l’idée qu’un bijou puisse être joyeux, spirituel, presque théâtral, court désormais chez nombre de créateurs. Comète brillante et maudite, Paul Flato fut le premier à faire d’Hollywood un écrin — bien avant que les maisons de la haute joaillerie n’en fassent une stratégie.
Repères
- Paul Flato (1900-1999) fut le premier grand joaillier lié à Hollywood.
- Il ouvrit une boutique à Los Angeles en 1937 et para les stars du cinéma.
- Sa joaillerie, spirituelle et narrative, employa des dessinateurs comme Fulco di Verdura.
- Condamné pour escroquerie au début des années 1940, il fut emprisonné puis se refit au Mexique.
- Son œuvre a été redécouverte tardivement par les collectionneurs et les musées.
Pour aller plus loin
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