René Lalique, le maître de l’Art nouveau

Bijou ancien en or et pierres de couleur — illustration
Bijou ancien en or et pierres de couleur — illustration

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René Lalique, le maître de l’Art nouveau

Par La Rédaction de L’Écrin · 7 min de lecture

Verre, émail, corne, ailes de libellule et profils de femmes : entre 1890 et 1912, René Lalique fait voler en éclats la hiérarchie des matières et invente une grammaire neuve du bijou. Portrait de l’orfèvre qui incarna l’Art nouveau.

Quand on prononce le nom de Lalique, on pense aujourd’hui au cristal. On oublie qu’avant d’être le maître du verre, René Lalique fut d’abord, et avant tout, le plus grand joaillier de sa génération — celui qui, en une quinzaine d’années, transforma radicalement ce qu’un bijou pouvait être.

D’Aÿ à Paris : la formation d’un orfèvre

René Jules Lalique naît le 6 avril 1860 à Aÿ, en Champagne. Sa famille s’installe en banlieue parisienne et, dès l’adolescence, il entre comme apprenti chez le joaillier Louis Aucoc. Il complète sa formation à l’École des arts décoratifs de Paris, puis passe deux années en Angleterre, au Sydenham College près de Londres (1878-1880), où il affine son dessin et son regard sur la nature. De retour à Paris, il travaille d’abord comme dessinateur indépendant, fournissant des maisons prestigieuses comme Cartier et Boucheron, avant de fonder son propre atelier en 1885.

Rompre avec le diamant-roi

Le geste fondateur de Lalique tient en une provocation : il ose reléguer le diamant au rang de simple matériau parmi d’autres. À une époque où la valeur d’un bijou se mesurait au carat, il privilégie l’émail, le verre, la corne, l’ivoire, les pierres semi-précieuses et l’opale. Ce n’est plus la richesse de la pierre qui compte, mais l’idée, la ligne, la poésie de l’objet. Cette inversion des valeurs est au cœur de l’Art nouveau, dont Lalique devient le porte-drapeau le plus éclatant en joaillerie.

Lalique ne sertit plus la nature : il la métamorphose. La femme devient libellule, la libellule devient femme, dans une grammaire à la fois sensuelle et inquiétante.

Bijou ancien en or et émail — illustration

La Femme-libellule : un manifeste

S’il fallait retenir une seule pièce, ce serait la « Femme-libellule », broche-pectoral créée vers 1897-1898. Un immense insecte d’or et d’émail, aux ailes articulées en émail plique-à-jour enrichies de diamants ; de la gueule de la créature, dotée de griffes de griffon, émerge un buste de femme en chrysoprase, casque orné de scarabées. Hybride à la fois attirant et repoussant, l’œuvre fut présentée avec un succès considérable à l’Exposition universelle de Paris de 1900. Achetée en 1903 par le collectionneur Calouste Gulbenkian, elle est aujourd’hui l’un des joyaux du Musée Calouste Gulbenkian, à Lisbonne. On dit qu’elle fut portée sur scène par la grande Sarah Bernhardt, pour qui Lalique conçut nombre de bijoux de théâtre.

1900 : le triomphe de l’Exposition universelle

L’Exposition universelle de 1900 consacre Lalique. Ses broches, ses peignes, ses pendentifs et ses diadèmes attirent les foules ; la critique est unanime. La même année, il est promu officier de la Légion d’honneur. Désormais, ses œuvres sont recherchées par les plus grands amateurs d’Europe, et ses motifs — paons, serpents, chauves-souris, fleurs fanées, profils féminins aux longues chevelures — définissent l’esthétique de toute une époque.

Quelques œuvres et jalons clés

Période / DateŒuvre ou jalonMatériaux / fait marquant
1878-1880Études en AngleterreAffine le dessin d’après nature
1885Fondation de son atelier à ParisIndépendance créative
v. 1897-1898Broche « Femme-libellule »Or, émail plique-à-jour, diamants, chrysoprase
1900Exposition universelle de ParisConsécration ; officier de la Légion d’honneur
à partir de 1909-1912Virage vers le verreFlacons pour Coty, puis verre d’art

Du bijou au verre : une seconde vie

À partir de 1909, Lalique amorce un tournant décisif. Sa rencontre avec le parfumeur François Coty l’amène à dessiner des flacons de parfum en verre moulé, puis à abandonner progressivement la joaillerie pour se consacrer au verre d’art et au cristal. Cette seconde carrière, qui s’épanouit dans les années 1920 et 1930 au rythme de l’Art déco, fonde la maison Lalique telle qu’on la connaît aujourd’hui. Il s’éteint à Paris le 5 mai 1945.

Une postérité de musée

Les bijoux Art nouveau de Lalique sont aujourd’hui conservés dans les plus grandes institutions : le Victoria and Albert Museum de Londres, le Metropolitan Museum of Art de New York, le Musée des Arts décoratifs de Paris, le Musée Calouste Gulbenkian de Lisbonne et le Musée Lalique de Wingen-sur-Moder. Rarement un créateur aura, en si peu d’années, autant bouleversé son art : Lalique n’a pas seulement fait des bijoux, il a redéfini ce qu’un bijou pouvait dire.

Repères

  • René Jules Lalique : né le 6 avril 1860 à Aÿ (Champagne), mort le 5 mai 1945 à Paris.
  • Apprenti chez Louis Aucoc, formé à l’École des arts décoratifs de Paris et au Sydenham College (Angleterre, 1878-1880).
  • Fonde son atelier en 1885 ; rompt avec la suprématie du diamant au profit de l’émail, du verre, de la corne et de l’opale.
  • Broche « Femme-libellule » (v. 1897-1898), aujourd’hui au Musée Calouste Gulbenkian (Lisbonne).
  • Triomphe à l’Exposition universelle de Paris de 1900 ; officier de la Légion d’honneur la même année.
  • À partir de 1909, se tourne vers le verre (flacons pour Coty), fondant la maison Lalique du cristal.

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