Jean Schlumberger, le poète de Tiffany

Bijoux en or jaune présentés — illustration
Bijoux en or jaune présentés — illustration

Créateurs

Jean Schlumberger, le poète de Tiffany

Par La Rédaction de L’Écrin · 7 min de lecture

Oiseaux perchés sur des gemmes, fleurs émaillées, méduses et hippocampes : entré chez Tiffany en 1956, Jean Schlumberger transforma la haute joaillerie américaine en un jardin enchanté. Portrait d’un autodidacte de génie.

Diana Vreeland, papesse de la mode, le tenait pour un génie. Babe Paley, Bunny Mellon, Jacqueline Kennedy le portaient comme une signature. Jean Schlumberger n’était pourtant ni gemmologue de formation ni orfèvre diplômé : il fut l’un des plus grands joailliers du XXe siècle par la seule force de son imagination.

Un Alsacien autodidacte

Jean Schlumberger naît en 1907 en Alsace, au sein d’une grande famille d’industriels du textile. Rien ne le destine à la joaillerie, et il n’a aucune formation artistique : il est entièrement autodidacte. Dans les années 1930, installé à Paris, il chine aux Puces des fragments de porcelaine de Meissen, des fleurs de faïence, dont il fait des broches fantaisie. Son œil, son goût du décoratif et de l’inattendu attirent l’attention.

Schiaparelli, la guerre, New York

En 1937, il commence à dessiner des boutons surréalistes et des bijoux de couture pour Elsa Schiaparelli, qui rencontrent un succès immédiat. La Seconde Guerre mondiale interrompt cet élan : Schlumberger sert dans les forces françaises. Au sortir du conflit, il choisit New York et y ouvre un petit salon de joaillerie, qui le met en contact avec les femmes les plus élégantes de la ville — Diana Vreeland et Babe Paley en tête.

« Je veux que mes bijoux aient l’air vivants », disait Schlumberger. Ses fleurs semblent pousser, ses oiseaux s’apprêtent à s’envoler : la nature n’est jamais copiée, mais réinventée.

Bijou en or jaune et pierres — illustration

1956 : l’atelier dans la maison Tiffany

Le tournant de sa carrière a une date : 1956. Walter Hoving, alors président de Tiffany & Co., lui propose de rejoindre la maison comme vice-président. Privilège rarissime, il y dispose de son propre atelier et d’une liberté de création totale. Schlumberger devient l’un des très rares créateurs autorisés à signer ses pièces de son nom au sein de la maison. Cette autonomie va donner naissance à un répertoire d’une fantaisie inouïe.

L’émail paillonné et les « bracelets de Jackie »

Schlumberger ressuscite une technique du XIXe siècle tombée en désuétude : l’émail paillonné, qui consiste à poser un émail translucide sur une feuille d’or 18 carats pour obtenir des couleurs profondes et lumineuses. Il en fait la signature de ses bracelets jonc « Croisillon », au motif de croisillons d’or. Bunny Mellon en portait un bleu tous les jours et en offrit une version à Jacqueline Kennedy. En 1962, le président Kennedy en offrit à son tour à son épouse : Jackie les empila à son poignet au point que la presse les baptisa « les bracelets de Jackie ».

« Bird on a Rock » : l’oiseau sur la pierre

Sa création la plus célèbre voit le jour en 1965 : « Bird on a Rock », un petit oiseau pavé de diamants, perché sur une gemme unique de très grande taille — citrine, aigue-marine, kunzite ou diamant. Le contraste entre l’animal minuscule et la pierre monumentale, entre le mouvement et la masse, en fait une icône instantanée, toujours rééditée par Tiffany aujourd’hui. C’est ce motif qui orna, en 2019, le célèbre diamant jaune Tiffany de 128,54 carats.

Créations iconiques de Schlumberger

CréationDate / périodeCaractéristique
Boutons et bijoux Schiaparellià partir de 1937Débuts surréalistes, bijoux de couture
Entrée chez Tiffany & Co.1956Vice-président, atelier privé
Bracelets « Croisillon »à partir des années 1950-60Émail paillonné sur or 18 ct
« Bird on a Rock »1965Oiseau de diamants sur une gemme géante

Un héritage toujours vivant

Jean Schlumberger meurt en 1987, à 80 ans, laissant un bestiaire et un herbier de pierres précieuses qui n’ont pas d’équivalent. Tiffany continue d’éditer ses dessins sous le nom « Tiffany Schlumberger », et ses pièces d’époque atteignent des sommets en vente publique. Rares sont les créateurs dont l’œuvre a su rester à ce point reconnaissable et désirable : sous sa main, la haute joaillerie cessa d’être sage pour devenir un théâtre de la nature.

Repères

  • Jean Schlumberger : né en 1907 en Alsace, mort en 1987 ; entièrement autodidacte.
  • Crée boutons et bijoux pour Elsa Schiaparelli à partir de 1937 ; ouvre un salon à New York après la guerre.
  • Rejoint Tiffany & Co. en 1956 comme vice-président, avec son propre atelier et le droit de signer ses pièces.
  • Ressuscite l’émail paillonné ; ses bracelets « Croisillon » deviennent « les bracelets de Jackie » (Jacqueline Kennedy).
  • Crée « Bird on a Rock » en 1965, devenu une icône de Tiffany.
  • Admiré par Diana Vreeland, Babe Paley et Bunny Mellon.

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