Jean Boggio, l’orfèvre des mondes imaginaires

Collier en or orné d'une breloque étoile

Portrait de créateur

Jean Boggio, l’orfèvre des mondes imaginaires

Par La Rédaction de L’Écrin · 8 min de lecture

Du premier atelier lyonnais aux grandes manufactures d’art de la table, le joaillier-orfèvre a bâti une œuvre où le conte, l’animal et l’enfance deviennent matière précieuse. Portrait d’une signature qui a fait école dans la joaillerie de création.

Détail de joaillerie

Il existe des joailliers que l’on reconnaît à une pierre, à un serti, à un degré de perfection technique. Et il en existe d’autres que l’on reconnaît à un monde. Jean Boggio appartient à cette seconde famille, plus rare. Né à Lyon en 1963, il a passé quatre décennies à transformer la joaillerie en récit : un théâtre miniature où cohabitent la jungle, le cirque, les palais imaginaires et le bestiaire de l’enfance. Chez lui, le bijou n’est jamais seulement un ornement ; c’est une scène que l’on choisit de porter sur soi.

Lyon, 1984 : la naissance d’un atelier

L’histoire commence tôt. Jean Boggio débute la joaillerie en 1980, et ouvre son premier atelier lyonnais en 1984. La ville n’est pas un décor neutre : Lyon est une cité de la soie, de la passementerie et des métiers d’art, un terreau où le geste de la main reste une valeur. C’est dans cette culture de l’ouvrage que se forge une conviction qui ne le quittera plus : la matière précieuse mérite qu’on lui raconte une histoire.

Très vite, son travail se distingue de la joaillerie de tradition. Là où l’époque valorise la sobriété et la pierre seule, Boggio assume le volume, la narration, la couleur.

Les « bagues palais » et la révélation de 1988

La reconnaissance arrive en 1988, lorsqu’il expose au Grand Palais, à Paris, dans le cadre de la manifestation « De main de maître ». Cette année-là révèle au public ses désormais célèbres bagues palais : des bagues monumentales, architecturées comme de petits édifices, qui font sa réputation. La même année, son travail traverse l’Atlantique avec une présentation à la Galerie Art 54′ de New York ; suivront le Japon, avec l’exposition « Les Maîtres de Demain » chez Seibu à Tokyo en 1989, puis de nouveau New York à la Nahan Gallery en 1990.

Une bague de Boggio ne se contente pas d’orner une main : elle y pose un récit, un fragment de palais ou de jungle que l’on emporte avec soi.

Un bestiaire : la jungle, le cirque, l’enfance

Si l’on devait résumer l’univers de Jean Boggio en quelques mots, ce seraient ceux des contes et des légendes, des rêves de l’enfance. Ses thèmes reviennent comme des refrains : la jungle et ses animaux, le cirque et ses figures, les architectures rêvées. Cette grammaire onirique le rattache à ce que la critique appelle la joaillerie de création.

Détail de joaillerie

De la bague à la table : l’aventure des arts décoratifs

Dès 1990, avec sa première participation au salon « Scènes d’intérieur » à Paris, Jean Boggio élargit son terrain de jeu aux arts décoratifs : porcelaine, orfèvrerie, passementerie, pâte de verre, cristal, faïence. Cette curiosité le conduit à collaborer avec quelques-unes des plus grandes maisons françaises d’art de la table : Daum, Baccarat, Saint-Louis, Raynaud, la faïence de Niderviller, la cristallerie de Portieux, Longwy ou encore Haviland, dont il sera le directeur artistique pendant quatre années, à Limoges. En 2008, pour ses vingt ans de création, le Musée national de la porcelaine Adrien-Dubouché de Limoges lui consacre une rétrospective.

Le pont vers l’Asie : Franz, puis TTF

De 2006 à 2012, Jean Boggio est directeur artistique de la marque « Jean Boggio for Franz », née d’un partenariat avec l’industriel taïwanais Francis Chen. Puis, de 2013 à 2014, il prend la direction artistique de la maison de haute joaillerie TTF. En 2014, il participe à l’exposition « Contes et légendes du cheval », organisée au Centre culturel de Chine.

2017 : trente ans de création aux enchères

Fin 2017, pour marquer ses trente ans de création, Jean Boggio met aux enchères près de quatre cents de ses œuvres. Installé dans le Beaujolais, marié et père de quatre enfants, il continue de concevoir au pied des vignes, fidèle à une idée simple : créer reste un acte du présent.

Repères

  • Né le 7 mars 1963 à Lyon ; joaillier-orfèvre contemporain français.
  • Débute la joaillerie en 1980 ; premier atelier lyonnais en 1984.
  • Révélé en 1988 au Grand Palais avec ses « bagues palais ».
  • Art de la table : Daum, Baccarat, Saint-Louis, Haviland (directeur artistique).
  • « Jean Boggio for Franz » (2006-2012) ; TTF (2013-2014) ; vente des 30 ans en 2017.

Pour aller plus loin

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