Portrait de créateur
Victoire de Castellane, la fée baroque de la joaillerie
Par La Rédaction de L’Écrin · 6 min de lecture
De la fantaisie Chanel à la direction de Dior Joaillerie, Victoire de Castellane a imposé une joaillerie de couleur, d’audace et de féerie. Portrait d’une créatrice qui a fait entrer le merveilleux dans la haute joaillerie.
Il y a, dans la joaillerie contemporaine, une avant et un après Victoire de Castellane. Avant : une haute joaillerie souvent corsetée, attachée à la sobriété et à la valeur de la pierre. Après : un territoire où la couleur explose, où les bagues prennent la taille de petites sculptures, où fleurs, animaux et rubans composent un théâtre féerique. Née le 2 février 1962 à Neuilly-sur-Seine, la créatrice a passé sa carrière à prouver qu’un grand bijou pouvait aussi être un objet de jeu et d’imaginaire.
De Chanel à Dior : une trajectoire d’auteure
Sans formation joaillière académique, Victoire de Castellane est repérée par Karl Lagerfeld et entre chez Chanel en 1984. Pendant une quinzaine d’années, elle y dessine les bijoux fantaisie de la Maison, y injectant une liberté nourrie de culture pop. En 1998, Bernard Arnault lui confie le lancement de la toute première ligne de joaillerie de Dior : elle en devient la directrice artistique, deux ans après l’arrivée de John Galliano à la couture.
La première collection, en 1999 — « Incroyables et Merveilleuses » —, donne le ton : des bagues surdimensionnées serties de pierres imposantes, morganites, rubellites, améthystes, béryls. La haute joaillerie venait de trouver une voix nouvelle.
Là où la tradition cherchait la retenue, elle a choisi la couleur, le volume et le récit — une féerie assumée.
Une signature : couleur, audace, féerie
Le style de Victoire de Castellane est immédiatement reconnaissable : pierres de couleur saturées, surdimension, univers baroque mêlant fleurs vénéneuses, insectes, nœuds et rubans. Elle aime jouer des contrastes d’échelle, du minuscule au monumental. Au fil des collections — de « Belladone Island » (2007), à l’imaginaire vénéneux et aux fausses appellations scientifiques, au « Bal des Roses » (2011) —, elle construit un monde cohérent, peuplé de créatures et de jardins.
La joaillière et l’artiste
Son travail déborde le bijou. À la galerie Gagosian, elle expose des pièces uniques aux noms scientifiques inventés (« Fleurs d’excès » en 2011, « Animalvegetablemineral » en 2014), brouillant la frontière entre joaillerie et art contemporain. En 2018, Dior consacre ses collections de haute joaillerie au Musée d’Art Moderne de Paris. Chevalier de la Légion d’honneur depuis 2006, elle est l’une des rares créatrices à avoir imposé une signature d’auteure au sein d’une grande maison.
Pourquoi elle compte pour la joaillerie de création
Victoire de Castellane a prouvé qu’une directrice artistique pouvait être une véritable auteure, avec un univers reconnaissable entre mille. En réconciliant la haute joaillerie avec le jeu, la couleur et le merveilleux, elle a ouvert une brèche dans laquelle s’est engouffrée toute une génération. C’est exactement le genre de regard que L’Écrin entend célébrer.
Repères
- Née le 2 février 1962 à Neuilly-sur-Seine.
- Entre chez Chanel en 1984 (bijoux fantaisie) ; environ quinze ans.
- Directrice artistique de Dior Joaillerie depuis 1998 ; première collection en 1999.
- Univers : couleur saturée, surdimension, féerie baroque (fleurs, animaux, rubans).
- Expositions d’art chez Gagosian (2011, 2014) ; Chevalier de la Légion d’honneur (2006).
Pour aller plus loin
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