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Chaumet, le joaillier des diadèmes
Par La Rédaction de L’Écrin · 7 min de lecture
Fondée à Paris en 1780, Chaumet a serti les diamants du sacre, couronné l’impératrice Joséphine et fait du diadème sa signature. De la place Vendôme aux épis de blé, retour sur deux siècles et demi d’une maison qui incarne, mieux qu’aucune autre, l’art du couronnement.
Il est des maisons dont l’histoire se confond avec celle d’un objet. Pour Chaumet, cet objet est le diadème. Depuis sa fondation en 1780, la maison parisienne en a dessiné, monté et archivé un nombre considérable, au point d’en devenir la référence mondiale. Derrière cette réputation, il y a une aventure française qui commence sous l’Ancien Régime, se noue avec Napoléon et se poursuit aujourd’hui au 12 de la place Vendôme.
1780 : les origines et la faveur impériale
Tout commence avec Marie-Étienne Nitot. D’abord apprenti puis collaborateur d’Ange-Joseph Aubert, joaillier de Marie-Antoinette, Nitot fonde en 1780 sa propre maison — celle qui prendra plus tard le nom de Chaumet. La rencontre décisive est avec Napoléon Bonaparte : le goût de l’Empereur pour les bijoux est avant tout politique. Il veut refaire de la France le centre de création du luxe et de la mode, et Nitot devient le joaillier de la cour impériale.
La consécration vient avec le sacre de 1804. Nitot exécute l’épée du sacre de Napoléon — sur laquelle est serti Le Régent, diamant mythique de la Couronne — puis la tiare offerte par l’Empereur au pape Pie VII. Il devient alors le joaillier le plus recherché de toute l’Europe.
Joséphine, première inspiratrice
Fournisseur attitré de l’impératrice Joséphine puis de l’impératrice Marie-Louise, Nitot compose pour elles parures, bijoux de mariage et diadèmes somptueux. Joséphine, passionnée de botanique et amoureuse des jardins de la Malmaison, imprime durablement son goût à la maison : la nature devient une source d’inspiration inépuisable. Elle est, deux siècles plus tard, encore célébrée comme la première grande cliente et inspiratrice de Chaumet.
Sertir une couronne, c’est traduire un pouvoir en lumière. De l’épée du sacre aux parures de Joséphine, Chaumet a fait du diadème le langage même de la majesté.
De Nitot à Chaumet : la maison change de nom
Le fils de Nitot, François-Regnault, succède à son père en 1812 et installe la maison place Vendôme, au numéro 15 — l’emplacement actuel du Ritz. À la chute de l’Empire, les successeurs de Nitot, Jean-Baptiste et Jules Fossin puis Valentin et Prosper Morel, consacrent le bijou romantique et l’exaltation de la nature. C’est enfin Joseph Chaumet, entré dans la maison comme collaborateur de Prosper Morel, qui en prend la direction : il la dirige de 1885 à 1928 et lui donne son nom.
La maison du diadème
Maître incontesté de la Belle Époque, Joseph Chaumet trouve son inspiration dans un réenchantement de la nature. Sous son impulsion, les aigrettes et les diadèmes — emblèmes sociaux autant qu’accessoires de mode — deviennent une véritable spécialité de la maison. Chaumet conserve dans ses archives un fonds patrimonial exceptionnel : dessins préparatoires, études à la gouache, photographies originales des pièces sorties des ateliers. Ce corpus, constitué au fil de deux siècles, fait aujourd’hui de Chaumet l’une des mémoires vivantes de l’art du diadème.
Quelques créations emblématiques conservées par la Maison
| Pièce | Époque | Motif |
|---|---|---|
| Diadème aux épis de blé | Vers 1811 (F.-R. Nitot) | Le blé, cher à Joséphine |
| Diadème aux fleurs de pensée | Vers 1850 (période Fossin) | Naturalisme romantique |
| Diadème aigrette ailes | 1910 (Joseph Chaumet) | Aigrette, platine et diamants |
Le 12 place Vendôme
En 1907, la maison s’installe au 12, place Vendôme, faisant de l’hôtel Baudard de Sainte-James son adresse iconique. Le lieu abrite aujourd’hui la boutique, l’atelier de Haute Joaillerie et des salons dédiés au patrimoine — parmi lesquels le Salon Chopin, classé aux Monuments historiques, où le pianiste composa sa dernière mazurka en 1849. C’est là, dans cette enfilade de salons, que se déploie l’esprit d’une maison à la fois musée vivant et atelier en activité.
Le style naturaliste
S’il fallait résumer l’esthétique Chaumet, ce serait par le mot « nature ». Épis de blé ondoyant, aigrettes légères, couronnes de fleurs et de feuillages : la maison a fait du végétal et du mouvement sa grammaire. Cette fidélité à un motif — le naturel saisi au plus près de sa vérité — traverse toutes les époques, du romantisme du XIXe siècle aux collections contemporaines.
Chaumet aujourd’hui
Entrée en 1999 dans le groupe LVMH, la maison a prolongé son héritage à travers ses collections signature. Née en 1977, la collection Liens célèbre l’attachement entre deux êtres. En 2010, la collection Joséphine rend hommage à l’impératrice : son esthétique s’inspire directement du diadème, spécificité de Chaumet, et se distingue par sa pierre taillée en poire. En 2011, la collection Bee de Chaumet décline le motif de l’abeille — emblème napoléonien — et celui de l’alvéole, écho au thème de la nature et à la passion botanique de Joséphine. Deux siècles et demi après Nitot, la maison continue ainsi de couronner celles qui la portent.
Repères
- Maison fondée à Paris en 1780 par Marie-Étienne Nitot, ancien collaborateur d’Ange-Joseph Aubert.
- Joaillier de la cour impériale : épée du sacre de Napoléon (sertie du diamant Le Régent), tiare du pape Pie VII, parures de l’impératrice Joséphine.
- Joseph Chaumet dirige la maison de 1885 à 1928 et lui donne son nom, après la succession Nitot, Fossin puis Morel.
- Installée au 12 place Vendôme depuis 1907 (hôtel Baudard de Sainte-James) ; le Salon Chopin y est classé aux Monuments historiques.
- Spécialiste du diadème, la maison conserve un vaste fonds d’archives : dessins, gouachés et photographies de ses créations.
- Collections signature : Liens (1977), Joséphine (2010), Bee de Chaumet (2011) ; membre du groupe LVMH depuis 1999.
Pour aller plus loin
- Chaumet en 12 dates — histoire de la Maison (site officiel)
- La collection Joséphine — Chaumet (site officiel)
- Chaumet (entreprise) — Wikipédia
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