Collections
Les joyaux de la Couronne de France, un trésor dispersé
Par La Rédaction de L’Écrin · 8 min de lecture
Pendant plus de trois siècles, les joyaux de la Couronne de France ont incarné la puissance de la monarchie puis de l’Empire. Diamants légendaires, couronnes de sacre, diadèmes d’impératrice : cet ensemble unique fut en grande partie vendu aux enchères en 1887. Il n’en subsiste aujourd’hui qu’une poignée de pièces, réunies au Louvre.
On imagine volontiers les trésors royaux à l’abri, jalousement gardés de génération en génération. L’histoire des joyaux de la Couronne de France dit tout le contraire : constitué au XVIe siècle, enrichi par les rois puis par Napoléon, ce patrimoine fut dispersé par la République elle-même, qui y voyait un symbole encombrant. De cette collection fabuleuse, il ne reste qu’un fragment, mais un fragment qui compte parmi les plus beaux au monde.
Qu’est-ce que les joyaux de la Couronne de France ?
On désigne sous ce nom l’ensemble des couronnes, sceptres, globes, diadèmes et pierres précieuses qui servaient d’insignes du pouvoir royal, puis impérial, entre le VIIIe siècle et 1870. La collection prend une forme officielle en 1530, lorsque François Ier constitue un fonds de joyaux déclarés inaliénables : ils n’appartiennent plus au roi en propre, mais à la Couronne, c’est-à-dire à l’État. Portés lors des sacres, des mariages et des grandes cérémonies, ces bijoux étaient régulièrement démontés, remontés et remis au goût du jour, si bien que peu de pièces anciennes nous sont parvenues intactes.
Des pierres devenues légendes
Le cœur du trésor tient à quelques gemmes d’exception. Le diamant Régent, d’environ 140 carats, acheté en 1717 par le Régent Philippe d’Orléans, passe pour l’un des plus purs jamais taillés ; il orna la couronne du sacre de Louis XV comme la garde de l’épée de Napoléon. Le Sancy, diamant pâle en forme de poire, et le spinelle rouge dit Côte-de-Bretagne, pierre de plus de cent carats sculptée en forme de dragon pour un ornement de la Toison d’or, complètent ce noyau légendaire. À ces pierres s’ajoutent des joyaux comme l’émeraude dite de Saint Louis ou le saphir Ruspoli, autant de gemmes dont la seule histoire vaut celle d’un royaume. À l’image du Koh-i-Noor, les plus grandes pierres restent indissociables du pouvoir qui les a possédées.
Les joyaux de la Couronne n’appartenaient pas au roi, mais à l’État : c’est ce statut d’inaliénabilité, voulu dès 1530, qui rend leur vente de 1887 si vertigineuse.
De Napoléon à l’impératrice Eugénie
La Révolution disperse une première fois le trésor : en 1792, une partie des joyaux est volée lors du pillage du Garde-Meuble. Napoléon Ier reconstitue une collection impériale pour son sacre en 1804, faisant remonter les grandes pierres sur de nouveaux insignes. Le Second Empire prolonge cet éclat : la couronne de l’impératrice Eugénie, exécutée en 1855, et ses diadèmes de perles et de diamants comptent parmi les plus belles pièces de la collection. C’est aussi l’époque où les grands joailliers de la place Vendôme travaillent pour la cour, dans un dialogue constant entre la pierre historique et le goût du jour.
1887, la vente qui dispersa le trésor
Avec l’installation durable de la Troisième République, les joyaux de la Couronne deviennent un symbole gênant, susceptible de servir de ralliement aux partisans d’un retour de la monarchie. Le pouvoir décide de s’en séparer : en mai 1887, la majeure partie du trésor est vendue aux enchères au Louvre. Les grands noms de la joaillerie internationale se pressent à la vente ; la maison de Charles Lewis Tiffany y acquiert une part importante des lots, qui iront garnir les vitrines new-yorkaises. Seules quelques pièces, jugées d’intérêt historique ou scientifique, sont préservées et confiées aux musées nationaux.
Ce qu’il reste au Louvre aujourd’hui
Les rescapés de la vente sont aujourd’hui réunis dans la galerie d’Apollon, au Louvre, aux côtés du Régent, du Sancy et de la Côte-de-Bretagne. On y admire la couronne de Louis XV, la couronne et un diadème de l’impératrice Eugénie, ou encore des parures serties de pierres de couleur. Certaines pièces, comme des diadèmes rachetés bien après 1887, ont rejoint la collection au fil des acquisitions et des dons. Ce trésor amputé reste l’un des plus prestigieux témoignages de l’art joaillier français, où se lisent aussi bien la maîtrise de la taille ancienne des diamants que le faste des cours d’autrefois.
Repères historiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 1530 | François Ier constitue les joyaux de la Couronne, déclarés inaliénables |
| 1717 | Le diamant Régent (env. 140 carats) entre dans la collection |
| 1792 | Vol d’une partie du trésor lors du pillage du Garde-Meuble |
| 1804 | Napoléon Ier reconstitue une collection impériale pour son sacre |
| 1855 | Réalisation de la couronne de l’impératrice Eugénie |
| 1887 | Vente aux enchères de la majeure partie des joyaux au Louvre |
| Aujourd’hui | Pièces survivantes exposées à la galerie d’Apollon, au Louvre |
Repères
- Les joyaux de la Couronne sont constitués en fonds inaliénable dès 1530, sous François Ier.
- Le diamant Régent, environ 140 carats, en est la pièce la plus célèbre.
- La couronne de l’impératrice Eugénie date de 1855, sous le Second Empire.
- La majeure partie du trésor est vendue aux enchères en 1887 par la Troisième République.
- Les pièces conservées sont aujourd’hui exposées à la galerie d’Apollon du Louvre.
Questions fréquentes
Qu’appelle-t-on les joyaux de la Couronne de France ?
Ce sont les couronnes, sceptres, diadèmes et pierres précieuses qui servaient d’insignes du pouvoir royal puis impérial. Constitués en fonds inaliénable dès 1530, ils appartenaient à la Couronne, c’est-à-dire à l’État, et non au souverain en personne.
Où voir les joyaux de la Couronne de France aujourd’hui ?
Les pièces conservées sont exposées à la galerie d’Apollon du musée du Louvre, à Paris. On y trouve notamment le diamant Régent, le Sancy, le spinelle Côte-de-Bretagne et la couronne de l’impératrice Eugénie.
Pourquoi les joyaux de la Couronne ont-ils été vendus ?
Sous la Troisième République, ce trésor était perçu comme un symbole monarchique gênant. Pour éviter qu’il ne serve de ralliement aux partisans d’un retour du roi, l’État décida de le vendre aux enchères en 1887.
Qu’est-ce que le diamant Régent ?
Le Régent est un diamant d’environ 140 carats, acheté en 1717 par le Régent Philippe d’Orléans. Réputé pour sa pureté, il orna successivement la couronne du sacre de Louis XV et la garde de l’épée de Napoléon Ier.
Toutes les pièces ont-elles été vendues en 1887 ?
Non. Quelques pièces jugées d’intérêt historique ou scientifique furent préservées et confiées aux musées nationaux. Certaines, comme des diadèmes rachetés bien plus tard, ont depuis rejoint la collection du Louvre.
La maison Tiffany a-t-elle acheté des joyaux de la Couronne ?
Oui. Lors de la vente de 1887, la maison new-yorkaise de Charles Lewis Tiffany fut l’un des grands acheteurs, emportant plusieurs lots qui vinrent renforcer sa réputation de marchand des trésors du monde.
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