Le Koh-i-Noor, le diamant le plus convoité du monde

Illustration ancienne du diamant Koh-i-Noor monté dans un bracelet, Exposition universelle de 1851

Illustration ancienne du diamant Koh-i-Noor, Exposition universelle de 1851

Collections

Le Koh-i-Noor, le diamant le plus convoité du monde

Par La Rédaction de L’Écrin · 8 min de lecture

Le Koh-i-Noor, « montagne de lumière » en persan, est sans doute le diamant le plus célèbre et le plus disputé du monde. Extrait en Inde il y a des siècles, il a orné les trônes des sultans et des maharajas avant de rejoindre les joyaux de la Couronne britannique, où il demeure aujourd’hui. Son histoire est celle d’une pierre que l’on n’a jamais achetée : elle a toujours changé de mains par la conquête, le tribut ou le don forcé.

Aucune gemme ne concentre autant de récits, de convoitises et de querelles que le Koh-i-Noor. Ce diamant d’un peu plus de cent carats a traversé près de cinq siècles d’histoire documentée, passant des empereurs moghols aux shahs de Perse, des émirs afghans aux souverains sikhs, puis à la reine Victoria. Chaque transmission fut un épisode de pouvoir, souvent de violence. Aujourd’hui serti dans une couronne conservée à la Tour de Londres, il reste au cœur d’un débat sur la restitution qui oppose plusieurs nations. Retour sur le destin de la pierre la plus convoitée du monde.

Une pierre née des mines de l’Inde

Avant que le Brésil puis l’Afrique du Sud ne bouleversent le marché du diamant, l’Inde en fut, pendant des siècles, l’unique source connue. Le Koh-i-Noor proviendrait des mines alluviales de la région de Golconde, dans le sud du sous-continent, sans doute des gisements de Kollur exploités le long de la Krishna. Comme pour la plupart des grandes pierres anciennes, ses origines exactes se perdent dans la légende : on lui prête une antiquité fabuleuse, mais son histoire ne devient réellement documentée qu’à l’époque des empereurs moghols, qui régnaient sur une Inde regorgeant de gemmes. Diamant incolore de très gros volume, il était alors taillé selon les usages indiens, qui privilégiaient la conservation du poids plutôt que l’éclat.

Nader Shah et la « montagne de lumière »

Le premier grand basculement survient en 1739. Le conquérant perse Nader Shah envahit l’Inde et met Delhi à sac, emportant le fabuleux trésor moghol, dont le célèbre trône du Paon et le grand diamant incolore. La tradition veut que ce soit lui qui, découvrant la pierre, se soit exclamé « Koh-i-Noor ! », « montagne de lumière » : le nom, persan, lui est resté. Après l’assassinat de Nader Shah, le diamant passe entre les mains de ses successeurs, puis des souverains de la dynastie afghane des Durrani, qui l’emportent à Kandahar puis à Kaboul. La pierre suit dès lors les convulsions des empires : elle est un butin autant qu’un symbole de légitimité.

De Kaboul à Lahore : le diamant des Sikhs

Au début du XIXe siècle, l’émir déchu Shah Shuja, réfugié dans le royaume sikh du Pendjab, cède le Koh-i-Noor à son protecteur Ranjit Singh vers 1813, en échange de son soutien. Le « Lion du Pendjab » en fait l’un des joyaux de sa cour de Lahore et le porte volontiers en brassard. À sa mort, en 1839, le diamant devient l’objet des rivalités qui déchirent le royaume sikh affaibli, jusqu’à ce que l’ombre de la Compagnie britannique des Indes orientales ne s’étende sur le Pendjab.

On n’a jamais acheté le Koh-i-Noor : on l’a conquis, extorqué ou offert sous la contrainte. C’est peut-être ce qui, plus que son éclat, en a fait une légende.

1849 : le diamant passe à la Couronne britannique

La seconde guerre anglo-sikhe s’achève en 1849 par l’annexion du Pendjab. Le traité de Lahore, imposé au jeune maharaja Duleep Singh, alors âgé d’une dizaine d’années, prévoit expressément la remise du Koh-i-Noor à la reine Victoria. La pierre est acheminée en Angleterre et présentée à la souveraine en 1850. Ce transfert, arraché à un enfant au terme d’une guerre de conquête, restera l’un des points les plus sensibles de l’histoire du diamant. Comme les joyaux de la Couronne de France, le Koh-i-Noor illustre à quel point les grandes gemmes sont indissociables du pouvoir politique.

1851-1852 : la déception, puis la retaille

Exposé au public lors de la grande Exposition universelle de Londres, en 1851, le Koh-i-Noor déçoit. Taillé à l’indienne, en un dôme irrégulier proche de la taille rose, il paraît terne et sans feu aux yeux d’un public habitué au brillant occidental. Le prince Albert décide alors de le faire retailler. En 1852, sous la direction de la maison Coster d’Amsterdam, la pierre est retravaillée en un brillant ovale : l’opération dure des semaines et lui fait perdre près de 40 % de son poids, le ramenant de quelque 186 à 105,6 carats. Le diamant y gagne en éclat ce qu’il perd en volume, se rapprochant des principes de la taille brillant pensée pour piéger la lumière.

Un joyau de la Couronne, réservé aux reines

Devenu l’un des joyaux de la Couronne britannique, le Koh-i-Noor est successivement monté dans la couronne de la reine Alexandra, puis dans celle de la reine Mary, avant d’être serti, en 1937, au centre de la couronne réalisée pour Élisabeth, épouse de George VI, connue plus tard comme la reine mère. Une superstition tenace veut que la pierre porte malheur aux hommes qui la possèdent, mais épargne les femmes : de fait, au sein de la famille royale, elle n’a été portée que par des souveraines. Conservé aujourd’hui avec les autres joyaux de la Couronne à la Tour de Londres, le diamant côtoie quelques-unes des plus fameuses pierres jamais réunies, dans la lignée des trésors chers à un Harry Winston.

Une pierre au cœur des revendications

Le Koh-i-Noor n’en finit pas de susciter la controverse. Plusieurs pays revendiquent la pierre : l’Inde, d’où elle provient, mais aussi le Pakistan, l’Iran et l’Afghanistan, sur les territoires desquels elle a séjourné au fil des conquêtes. Le Royaume-Uni, lui, considère qu’elle a été acquise légalement au terme du traité de 1849. Chaque grande cérémonie royale ravive le débat sur la restitution des biens issus de la période coloniale, et le diamant en est devenu l’un des symboles les plus commentés. Au-delà de sa valeur, le Koh-i-Noor cristallise ainsi une question qui dépasse largement la joaillerie : celle de la mémoire et de la propriété des trésors du passé.

Repères historiques

Date Événement
Avant 1700 Extraction probable dans les mines de Golconde, dans le sud de l’Inde
1739 Nader Shah pille Delhi et nomme la pierre « Koh-i-Noor »
v. 1813 Le diamant entre en possession de Ranjit Singh, souverain sikh de Lahore
1849 Le traité de Lahore cède la pierre à la reine Victoria
1852 Retaille à Amsterdam : le poids tombe à 105,6 carats
1937 Sertissage dans la couronne de la future reine mère

Repères

  • « Koh-i-Noor » signifie « montagne de lumière » en persan.
  • Extrait en Inde, il n’a jamais été acheté ni vendu : il a toujours changé de mains par la conquête ou le don.
  • Retaillé en 1852, il est passé d’environ 186 à 105,6 carats.
  • Une tradition lui prête un mauvais sort pour les hommes qui le portent.
  • Il est aujourd’hui serti dans une couronne conservée à la Tour de Londres.

Questions fréquentes

Que signifie « Koh-i-Noor » ?

Le nom est persan et signifie « montagne de lumière ». Selon la tradition, il aurait été donné par le conquérant Nader Shah en 1739, en découvrant la pierre dans le trésor moghol dont il venait de s’emparer à Delhi.

D’où vient le diamant Koh-i-Noor ?

Il provient d’Inde, très probablement des mines alluviales de la région de Golconde, dans le sud du sous-continent. Pendant des siècles, l’Inde a été l’unique source connue de diamants au monde.

Combien pèse le Koh-i-Noor aujourd’hui ?

Il pèse 105,6 carats depuis sa retaille de 1852. Avant cette opération, réalisée à Amsterdam, il en pesait environ 186 : la nouvelle taille en brillant ovale lui a fait perdre près de 40 % de son poids, mais a considérablement augmenté son éclat.

Où se trouve le Koh-i-Noor ?

Il est conservé à Londres, parmi les joyaux de la Couronne britannique exposés à la Tour de Londres. Il est serti au centre de la couronne réalisée en 1937 pour la reine mère.

Pourquoi le Koh-i-Noor est-il controversé ?

Parce qu’il a été cédé à la Couronne britannique en 1849, au terme de l’annexion du Pendjab, par un traité imposé à un maharaja enfant. Plusieurs pays, dont l’Inde, le Pakistan, l’Iran et l’Afghanistan, en réclament aujourd’hui la restitution.

Le Koh-i-Noor porte-t-il malheur ?

Une superstition ancienne affirme que la pierre porte malheur aux hommes qui la possèdent, mais non aux femmes. Rien ne l’étaye, mais la tradition explique qu’au sein de la famille royale britannique, le diamant n’ait été porté que par des souveraines.

Pour aller plus loin

Lien commercial — Envie de diamants et de pierres d’exception ? Découvrez les créations de France Joaillerie.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *