Le diamant Cullinan, la plus grande gemme jamais trouvée

Le diamant Cullinan brut de 3 106 carats, photographié en 1905 peu après sa découverte. Domaine public, Wikimedia Commons.

Le diamant Cullinan brut de 3 106 carats, photographié en 1905 peu après sa découverte au Transvaal. Domaine public, Wikimedia Commons.

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Le diamant Cullinan, la plus grande gemme jamais trouvée

Par La Rédaction de L’Écrin · 8 min de lecture

Extrait d’une mine sud-africaine en 1905, le Cullinan est le plus gros diamant de qualité gemme jamais découvert : 3 106 carats à l’état brut, soit plus de six cents grammes. Offert au roi Édouard VII, taillé à Amsterdam par les frères Asscher, il a donné naissance à neuf pierres majeures qui comptent aujourd’hui parmi les joyaux de la Couronne britannique.

Il existe des pierres célèbres pour leur légende, comme le Koh-i-Noor, et d’autres pour leur couleur, comme le diamant Hope. Le Cullinan, lui, doit sa gloire à une chose plus simple et plus vertigineuse : sa taille. Aucune autre gemme de qualité joaillière n’a jamais approché son volume. Son histoire, plus courte que celle des grands diamants indiens, tient en un peu plus d’un siècle, mais elle résume à elle seule l’entrée du diamant dans l’ère industrielle et la façon dont une pierre peut devenir un symbole d’État.

Une découverte hors norme au Transvaal

Le 26 janvier 1905, dans la mine Premier, près de Pretoria, dans l’ancienne colonie britannique du Transvaal, en Afrique du Sud, un responsable de surface aperçoit un éclat inhabituel dans une paroi. Dégagé à la lame de canif, le cristal se révèle être un diamant colossal, à peine coloré, d’un poids de 3 106 carats environ, soit près de 621 grammes. C’est, de loin, le plus gros diamant brut de qualité gemme jamais mis au jour, et il le demeure aujourd’hui encore.

La pierre est baptisée « Cullinan », du nom de Thomas Cullinan, le président de la compagnie qui exploitait le gisement. Sa forme irrégulière, plate d’un côté, laisse penser aux gemmologues qu’il pourrait ne s’agir que d’un fragment d’un cristal encore plus grand, dont le reste n’a jamais été retrouvé. Aussitôt connue, la découverte fait sensation : dans un monde où l’Afrique du Sud est devenue en quelques décennies le cœur de la production mondiale de diamants, le Cullinan apparaît comme la preuve éclatante des richesses du sous-sol du Transvaal.

Du Transvaal au roi Édouard VII

Trop précieuse pour trouver preneur sur le marché ordinaire, la pierre reste d’abord invendue. En 1907, le gouvernement du Transvaal décide de l’acquérir pour l’offrir au roi Édouard VII, à l’occasion de son soixante-sixième anniversaire. Le geste est autant politique que somptuaire : quelques années après la fin de la guerre des Boers, il scelle symboliquement le ralliement de la colonie à la Couronne britannique. Winston Churchill, alors jeune sous-secrétaire d’État aux Colonies, appuie l’initiative.

Pour déjouer les convoitises, l’acheminement du diamant vers Londres donne lieu à une ruse restée célèbre : tandis qu’un paquet fortement gardé traverse la mer sur un paquebot, sous escorte, la vraie pierre est expédiée séparément par simple courrier postal. Le Cullinan arrive ainsi en Angleterre sans encombre, prêt à être transformé.

Aucun diamant de qualité gemme n’a jamais égalé le Cullinan : à l’état brut, il pesait plus de six cents grammes, soit le poids d’un gros pamplemousse de lumière.

Le défi de la taille : les frères Asscher à Amsterdam

Tailler une telle pierre relève du pari. En 1908, le Cullinan est confié à la maison Asscher, à Amsterdam, et plus précisément à Joseph Asscher, réputé pour son savoir-faire. Avant toute chose, il faut cliver le brut, c’est-à-dire le fendre selon ses plans naturels pour en séparer les futures pierres. L’opération est irréversible : une erreur de lecture, et le plus grand diamant du monde vole en éclats sans valeur.

Après des semaines d’étude du cristal, Joseph Asscher place son coin d’acier et frappe. La tradition, sans doute embellie, veut que la lame se soit brisée au premier coup, et que le tailleur se soit évanoui d’émotion lorsque le second essai fendit enfin la pierre sans la ruiner. De ce travail méticuleux sortent neuf pierres principales, une centaine de plus petites et des éclats, taillés pour la plupart en brillant afin de libérer tout le feu du diamant, selon les principes qui gouvernent aussi la taille brillant moderne.

Cullinan I, la « Grande Étoile d’Afrique »

La plus grande des pierres issues du brut, dite Cullinan I ou « Grande Étoile d’Afrique », est un diamant taillé en poire de 530,2 carats, orné de soixante-quatorze facettes. Longtemps le plus gros diamant taillé incolore du monde, il est serti à la tête du sceptre du souverain, l’un des insignes de la monarchie britannique. Sa monture est conçue pour qu’il puisse, au besoin, être détaché et porté en pendentif, tant sa valeur symbolique dépasse celle de l’objet qui l’accueille. Par sa forme en goutte, il illustre la place des grandes tailles de pierres dans l’apparat royal.

Cullinan II et les autres pierres

La deuxième pierre, Cullinan II ou « Deuxième Étoile d’Afrique », est un diamant en coussin de 317,4 carats, serti au bandeau de la couronne impériale d’apparat. Cullinan III et IV, respectivement en poire et en coussin, ont été montés en broche par la reine Mary, tandis que les pierres plus petites ont rejoint bagues, broches et bijoux personnels de la famille royale. Réunies, les deux plus grandes pierres peuvent elles-mêmes composer une broche, portée à l’occasion par les souveraines.

Ainsi, d’un seul cristal, est né tout un ensemble de gemmes réparties entre les insignes de la Couronne et les bijoux privés. Le Cullinan n’est pas une pierre, mais une famille de pierres, dispersée puis reliée par une même origine.

Un trésor des joyaux de la Couronne britannique

Les deux plus grandes pierres du Cullinan sont conservées avec les autres joyaux de la Couronne à la Tour de Londres, où elles côtoient d’autres gemmes historiques. Comme les joyaux de la Couronne de France, elles rappellent que les très grandes pierres ont presque toujours été un attribut du pouvoir, exposées lors des sacres et des grandes cérémonies. Longtemps détenteur du record de taille pour un diamant incolore, Cullinan I a depuis été dépassé en poids brut travaillé par quelques pierres plus récentes, mais il reste l’un des diamants taillés les plus imposants et les plus fameux jamais réalisés.

Au-delà du record, le Cullinan raconte un moment précis de l’histoire du diamant : celui où l’Afrique du Sud supplante l’Inde et le Brésil comme premier fournisseur mondial, et où la pierre précieuse devient à la fois un enjeu industriel, diplomatique et royal. Un siècle plus tard, sa silhouette brute de 1905 continue de fasciner autant que ses éclats sertis d’or.

Repères historiques

Date Événement
1905 Découverte à la mine Premier (Transvaal, Afrique du Sud), 3 106 carats bruts
1907 Le Transvaal offre la pierre au roi Édouard VII
1908 Clivage et taille par les frères Asscher, à Amsterdam
Cullinan I « Grande Étoile d’Afrique », 530,2 carats, sceptre du souverain
Cullinan II 317,4 carats, couronne impériale d’apparat
Aujourd’hui Joyaux de la Couronne, Tour de Londres

Repères

  • Le Cullinan est le plus gros diamant brut de qualité gemme jamais découvert : 3 106 carats, soit plus de 600 grammes.
  • Il a été trouvé en 1905 à la mine Premier, dans le Transvaal, en Afrique du Sud.
  • Offert au roi Édouard VII en 1907, il a été taillé à Amsterdam par les frères Asscher en 1908.
  • Le brut a donné neuf pierres majeures et une centaine de plus petites.
  • Cullinan I (530,2 carats) orne le sceptre du souverain ; Cullinan II (317,4 carats) la couronne impériale.
  • Les pierres sont conservées parmi les joyaux de la Couronne britannique, à la Tour de Londres.

Questions fréquentes

Pourquoi le diamant s’appelle-t-il « Cullinan » ?

La pierre porte le nom de Thomas Cullinan, président de la compagnie qui exploitait la mine Premier où elle fut découverte en 1905. C’est un usage courant pour les grands diamants, souvent baptisés d’après un lieu, un propriétaire ou un souverain.

Combien pesait le Cullinan à l’état brut ?

Le diamant brut pesait environ 3 106 carats, soit près de 621 grammes. C’est le plus gros diamant de qualité gemme jamais trouvé. Sa forme plate d’un côté laisse penser qu’il pourrait n’être qu’une partie d’un cristal encore plus grand.

Que sont Cullinan I et Cullinan II ?

Ce sont les deux plus grandes pierres taillées dans le brut. Cullinan I, la « Grande Étoile d’Afrique » (530,2 carats), est sertie au sceptre du souverain britannique. Cullinan II (317,4 carats) orne la couronne impériale d’apparat.

Où se trouve le Cullinan aujourd’hui ?

Les principales pierres issues du Cullinan sont conservées avec les joyaux de la Couronne britannique, à la Tour de Londres. Certaines pierres plus petites appartiennent à la collection privée de la famille royale.

Le Cullinan est-il toujours le plus grand diamant du monde ?

À l’état brut, il reste le plus gros diamant de qualité gemme jamais découvert. Parmi les pierres taillées, Cullinan I a longtemps détenu le record du plus grand diamant incolore ; il a depuis été dépassé par quelques pierres plus récentes, mais demeure l’un des plus imposants au monde.

Qui a taillé le Cullinan ?

La taille a été confiée en 1908 à la maison Asscher d’Amsterdam. C’est Joseph Asscher qui réalisa le clivage du brut, opération irréversible et délicate, avant que l’atelier ne façonne les neuf pierres principales et les nombreuses pierres secondaires.

Pour aller plus loin

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