Collection
Serpenti, le serpent éternel de Bulgari
Par La Rédaction de L’Écrin · 6 min de lecture
Du tube d’or souple des années 1940 au corps écaillé d’émail, le serpent de Bulgari s’enroule autour du poignet depuis plus de soixante-dix ans. Anatomie d’une icône romaine.
Lové autour du poignet, la tête dressée cachant un cadran, le serpent de Bulgari est l’un des bijoux les plus reconnaissables du XXe siècle. Mais derrière l’évidence se cachent deux objets très différents, séparés par une décennie et une technique.
Le Tubogas, un or sans soudure
À la fin des années 1940, Bulgari façonne ses premiers bracelets-montres serpent grâce au Tubogas : deux rubans d’or enroulés en spirale autour d’une âme, sans la moindre soudure, formant un tube souple et lustré qui épouse le poignet. Le nom, emprunté aux tuyaux de gaz flexibles de l’époque, dit la modernité de ce geste — que la maison rattache aussi, dans son récit, à l’orfèvrerie de la Rome antique.
L’écaille et l’émail
Dans les années 1960, le serpent se fait plus réaliste. Le corps lisse cède la place à un assemblage d’écailles d’or articulées, chacune émaillée puis cuite au four avant d’être montée sur de minuscules charnières. La tête s’ouvre pour révéler une montre secrète ; les yeux s’allument de rubis, de saphirs ou d’émeraudes. C’est ce serpent polychrome, souple comme un vrai reptile, qui fixe l’image de la collection.
Un bijou qui se love, se déroule et se porte comme une seconde peau — à la fois parure, montre et sculpture animée.
Elizabeth Taylor et la légende romaine
La collection doit beaucoup à une image. Au début des années 1960, pendant le tournage de Cléopâtre à Rome, Elizabeth Taylor fréquente la boutique Bulgari de la Via dei Condotti. Une photographie de plateau, prise en 1962, la montre portant une montre serpent sertie de pierres — un cliché qui propulse le bijou au rang d’icône. Précisons-le : il s’agit de photos hors champ, et non d’un costume du film.
Un symbole sans fin
Le serpent qui se mord la queue, l’ouroboros, dit l’éternité et la séduction. En faisant de ce motif l’un de ses codes — réuni plus tard sous le nom de Serpenti —, Bulgari a transformé une figure millénaire en signature : preuve qu’un bijou peut être à la fois très ancien dans son symbole et résolument moderne dans sa forme. Cette fascination pour les bijoux-animaux traverse toute la joaillerie, jusqu’à l’audace de David Webb et son bestiaire new-yorkais.
Repères
- Premiers bracelets-montres serpent à la fin des années 1940, en technique Tubogas (or enroulé sans soudure).
- Le nom « Tubogas » évoque les tuyaux de gaz flexibles ; la maison revendique aussi une filiation avec l’orfèvrerie romaine antique.
- Années 1960 : corps en écailles d’or articulées et émaillées, tête à montre secrète, yeux sertis de pierres.
- 1962 : Elizabeth Taylor photographiée portant un bijou serpent sur le tournage de Cléopâtre à Rome.
- Le nom de ligne « Serpenti » s’est fixé plus tard ; le serpent reste l’un des codes de Bulgari.
Pour aller plus loin
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