La joaillerie non genrée, quand le bijou s’affranchit du genre

Bague en or 18 carats à dôme lisse, bijou sans distinction de genre

Bague en or 18 carats à dôme lisse, bijou sans distinction de genre

Tendances

La joaillerie non genrée, quand le bijou s’affranchit du genre

Par La Rédaction de L’Écrin · 8 min de lecture

Chaînes, chevalières, perles et bagues portées sans distinction : la joaillerie non genrée s’impose comme une tendance de fond de la création contemporaine. Un mouvement qui, loin d’être une rupture, renoue avec une longue histoire où le bijou n’avait pas de sexe.

On la dit nouvelle ; elle est en réalité un retour aux sources. La joaillerie non genrée — ces bijoux pensés pour être portés indépendamment du genre — figure aujourd’hui parmi les mouvements les plus visibles de la création. Les maisons lancent des collections « unisexes », les chaînes et les chevalières s’affichent à tous les cous et à tous les doigts, et les frontières traditionnelles entre bijou « féminin » et bijou « masculin » se brouillent. Derrière l’effet de mode, c’est une véritable question qui se pose : le bijou a-t-il jamais eu un genre ?

Une longue histoire mixte

L’histoire répond assez clairement : pendant des siècles, le bijou a été porté par tous. Dans l’Antiquité, hommes et femmes arboraient bagues, colliers et fibules. À la Renaissance, les portraits de souverains et de courtisans montrent des hommes couverts de chaînes d’or, de bagues et même de perles. Les rois et les nobles portaient des joyaux comme signes de pouvoir et de rang, sans que cela ne soit associé à un genre. La chevalière, longtemps sceau et marque d’appartenance, était un attribut masculin autant que familial. Ce n’est qu’à une époque relativement récente que le bijou s’est vu strictement réparti entre les sexes.

Le grand partage du XIXe siècle

C’est surtout au XIXe siècle, avec l’essor de la société bourgeoise, que s’installe une répartition genrée du vêtement et de l’ornement. L’homme adopte un vestiaire sobre où le bijou se réduit à quelques pièces fonctionnelles — montre, boutons de manchette, épingle de cravate, alliance — tandis que la parure ornementale devient l’apanage de la femme. Cette division, que l’on a longtemps crue naturelle, est en fait un héritage culturel daté. La comprendre permet de relativiser l’idée d’un bijou « par nature » féminin : il s’agit d’une convention, non d’une vérité intemporelle.

Le bijou non genré n’invente rien : il renoue avec des siècles où l’or et la perle se portaient sans distinction de sexe.

Un mouvement contemporain

Depuis quelques années, cette convention se fissure. De nombreuses maisons, jeunes marques comme grands noms, conçoivent des collections explicitement non genrées, où les pièces sont pensées pour convenir à toutes les morphologies et à tous les styles. Des personnalités publiques, dans la musique et le cinéma, contribuent à ce mouvement en portant colliers de perles, bagues et pendentifs autrefois codés comme féminins. Le vocabulaire lui-même évolue : on parle de bijoux « pour tous », « unisexes » ou « genderless ». Cette évolution accompagne des transformations plus larges de la société sur la question du genre et de l’expression de soi.

Les pièces qui traversent les genres

Certaines catégories de bijoux se prêtent particulièrement à cette approche. La chaîne, en or ou en argent, portée seule ou superposée, s’est imposée comme un incontournable mixte. La chevalière connaît un fort regain, détachée de sa seule fonction héraldique. Le jonc, la bague large, le bracelet rigide, la manchette conviennent naturellement à tous. Même la perle, longtemps symbole de féminité classique, redevient un accessoire mixte, portée en collier ras-du-cou ou en pendant d’oreille. Ces pièces partagent une même logique : miser sur la matière, la ligne et le volume plutôt que sur des codes décoratifs marqués.

Au-delà de la mode

Faut-il n’y voir qu’une tendance passagère ? Rien n’est moins sûr. Le succès de la joaillerie non genrée traduit une envie plus profonde : celle de choisir ses bijoux pour ce qu’ils sont — une belle matière, un dessin juste, une histoire personnelle — plutôt que pour la case dans laquelle on les range. En cela, le mouvement rejoint d’autres évolutions de la joaillerie contemporaine, où l’on privilégie le sens et le plaisir individuel sur les conventions. Le bijou redevient ce qu’il a longtemps été : un objet personnel, libre de toute assignation.

Un bijou sans étiquette

En s’affranchissant du genre, la joaillerie ne fait donc pas table rase du passé : elle y revient. Elle rappelle que l’or, la perle et la pierre n’appartiennent à personne en particulier, et qu’un bijou vaut d’abord par la manière dont on le porte. Loin des cases, cette liberté retrouvée est peut-être la plus belle des tendances : celle qui rend chacun libre de composer sa propre parure.

Repères techniques

Élément Détail
Principe des bijoux portés sans distinction de genre
Racines une longue histoire mixte, de l’Antiquité à la Renaissance
Bascule la répartition genrée s’installe surtout au XIXe siècle
Pièces phares chaîne, chevalière, jonc, manchette, perle

Porter le bijou autrement

Libre, mixte, ancrée dans l’histoire, la joaillerie non genrée dialogue avec d’autres mouvements de fond. Elle prolonge le retour du bijou masculin, dont elle partage l’élan, et redonne toute sa place à la perle, ce classique intemporel qui se porte aujourd’hui sans distinction. Deux facettes d’une même idée : le bijou n’a pas de sexe, seulement des façons de le porter.

Repères

  • La joaillerie non genrée désigne des bijoux portés sans distinction de genre.
  • Historiquement, hommes et femmes ont porté des bijoux, de l’Antiquité à la Renaissance.
  • La répartition genrée du bijou s’installe surtout au XIXe siècle.
  • Chaînes, chevalières, joncs et perles sont les pièces phares du mouvement.
  • La tendance rejoint une envie de choisir ses bijoux hors des conventions.

Pour aller plus loin

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