Bulgari, la maison romaine qui a réinventé la couleur en joaillerie

Collier romain en or orné d'émeraude, cornaline, onyx et grenat, Ier siècle après J.-C.

Collier romain en or orné d’émeraude, cornaline, onyx et grenat, Ier siècle après J.-C.

Créateurs

Bulgari, la maison romaine qui a réinventé la couleur en joaillerie

Par La Rédaction de L’Écrin · 7 min de lecture

Fondée à Rome en 1884 par un orfèvre grec, la maison Bulgari a mis un siècle à passer de l’argenterie à la haute joaillerie, avant d’imposer une esthétique inédite : celle des pierres de couleur associées sans hiérarchie, dans des montures inspirées de l’Antiquité romaine et de la Renaissance italienne.

La plupart des grandes maisons de joaillerie naissent au XIXe siècle dans le sillage de la place Vendôme et du goût pour le platine et le diamant blanc. Bulgari suit un chemin différent. Fondée par un immigrant grec dans la Rome pontificale, la maison met plusieurs décennies à devenir joaillière avant de s’imposer, après la Seconde Guerre mondiale, comme l’une des signatures les plus audacieuses d’Europe en matière de couleur. Retour sur l’histoire d’une maison qui a fait de l’Antiquité romaine un langage résolument contemporain.

Des montagnes d’Épire aux boutiques de la Rome pontificale

Sotirio Bulgari (1857-1932) naît dans le village de Kallarytes, en Épire, une région grecque de montagne réputée depuis des générations pour ses orfèvres itinérants. Formé au métier par son père, il émigre en Italie à la fin des années 1870, fait ses débuts à Naples puis à Rome, où il ouvre en 1884 sa première boutique, spécialisée dans l’argenterie et des bijoux d’inspiration néoclassique proches, dans l’esprit, du style archéologique alors en vogue chez des orfèvres romains comme Castellani.

En 1905, Sotirio installe boutique au 10 de la Via dei Condotti, artère du luxe romain proche de la Piazza di Spagna : l’adresse reste, encore aujourd’hui, le siège historique de la maison. L’activité demeure modeste, centrée sur l’argenterie, jusqu’à ce que ses fils Giorgio (1890-1966) et Costantino (1889-1973) rejoignent l’entreprise et l’orientent, à partir des années 1920-1930, vers la joaillerie proprement dite — d’abord dans le vocabulaire international du platine et du diamant, hérité de l’Art déco parisien et londonien.

La rupture chromatique de l’après-guerre

C’est dans les années 1950 que la maison affirme un style qui lui est propre. Plutôt que de hiérarchiser les pierres selon les canons occidentaux — le diamant au sommet, les pierres de couleur en accompagnement — Bulgari associe librement saphirs, émeraudes, rubis, améthystes ou citrines taillés en cabochon, sertis dans des montures d’or sculptural plutôt que dans les griffes discrètes du platine. Ce choix chromatique, longtemps marginal, participe pleinement du grand retour des pierres de couleur qui traversera la joaillerie du XXe siècle.

Cette esthétique puise à deux sources revendiquées : l’orfèvrerie de la Renaissance italienne, avec ses volumes d’or massif, et l’Antiquité gréco-romaine, dont Bulgari reprend les cabochons et les compositions symétriques — un répertoire que la maison partage avec d’autres orfèvres romains travaillant le style archéologique. Le contexte romain de l’époque, capitale du cinéma international durant les années des studios de Cinecittà, met la boutique de la Via dei Condotti sur le chemin des grandes stars hollywoodiennes de passage dans la ville, qui contribuent à installer la réputation internationale de la maison au tournant des années 1960.

Bulgari n’a pas cherché à effacer la couleur derrière la pierre : il l’a mise en scène, cabochon contre cabochon, comme une mosaïque romaine remise au goût du jour.

Le vocabulaire Bulgari : tubogas, épigraphie latine et bestiaire stylisé

Plusieurs signatures techniques et graphiques se fixent durant cette période. La première est le tubogas, une construction en tube d’or flexible obtenue en enroulant puis en soudant une bande de métal autour d’un axe — un procédé emprunté à l’industrie du tuyau de gaz, d’où son nom. Sa souplesse permet de créer des bracelets et des colliers qui s’enroulent au poignet ou au cou comme une peau : c’est cette technique qui rend possible, dès les années 1940, la ligne Serpenti, l’une des plus anciennes signatures de la maison.

En 1975, Bulgari adopte un logo distinctif : le nom de la maison s’écrit désormais BVLGARI, un V remplaçant le U, en référence directe à l’épigraphie latine antique, où cette même lettre notait indifféremment les deux sons. Cette citation de l’Antiquité romaine, d’abord graphique, se retrouve près d’un quart de siècle plus tard dans un registre entièrement différent : la bague B.zero1, lancée en 1999, dont les anneaux superposés citent les ordres architecturaux étagés du Colisée.

De la Bourse de Milan à LVMH

Restée familiale pendant un siècle, la maison entame sa réorganisation capitalistique dans les années 1980-1990, en introduisant une partie de son capital aux Bourses de Milan puis de Londres à partir de 1995, tout en gardant le contrôle familial sous la direction de la quatrième génération et de son directeur général, Francesco Trapani. Cette période voit aussi la diversification de la maison vers l’horlogerie, dans les années 1980, puis vers la parfumerie et, en 2004, vers l’hôtellerie, avec l’ouverture du premier Bulgari Hotel à Milan.

En mars 2011, la famille Bulgari cède la majorité du capital de la maison au groupe LVMH Moët Hennessy Louis Vuitton, pour un montant proche de 5,2 milliards d’euros en numéraire et en actions. Bulgari devient ainsi l’une des principales maisons de joaillerie du groupe, aux côtés de Tiffany & Co., rachetée dix ans plus tard. La production de haute joaillerie reste toutefois ancrée à Rome, toujours au 10 de la Via dei Condotti.

Repères techniques

Élément Détail
Fondation 1884, à Rome
Fondateur Sotirio Bulgari (1857-1932), orfèvre originaire d’Épire (Grèce)
Boutique historique 10, Via dei Condotti, Rome, depuis 1905
Signature graphique BVLGARI, U remplacé par V depuis 1975
Technique signature Tubogas, construction tubulaire flexible
Acquisition LVMH, mars 2011, environ 5,2 milliards d’euros

Repères

  • Bulgari est fondée en 1884 par Sotirio Bulgari, orfèvre grec émigré en Italie.
  • La boutique historique de la Via dei Condotti, à Rome, ouvre ses portes en 1905.
  • La maison délaisse le vocabulaire du platine et du diamant pour les pierres de couleur en cabochon dans l’après-guerre.
  • Le logo BVLGARI, avec un V à la place du U, s’inspire de l’épigraphie latine et date de 1975.
  • La technique du tubogas, empruntée à l’industrie du tuyau de gaz, donne naissance à la ligne Serpenti.
  • LVMH rachète la majorité du capital de Bulgari en mars 2011.

Questions fréquentes

Qui a fondé la maison Bulgari ?

La maison a été fondée en 1884 à Rome par Sotirio Bulgari, un orfèvre originaire du village grec de Kallarytes, en Épire, où l’orfèvrerie itinérante était une tradition familiale.

Depuis quand la boutique de la Via dei Condotti existe-t-elle ?

La boutique historique du 10, Via dei Condotti, toujours siège de la maison à Rome, a ouvert en 1905. Elle reste l’adresse la plus emblématique de Bulgari.

Pourquoi Bulgari écrit-il son nom BVLGARI, avec un V ?

Ce choix graphique, adopté en 1975, reproduit l’usage de l’épigraphie latine antique, où la lettre V notait à la fois le son U et le son V. Il ancre visuellement la maison dans son héritage romain.

Qu’est-ce que la technique du tubogas chez Bulgari ?

Le tubogas est une construction en tube d’or flexible, obtenue en enroulant une bande de métal autour d’un axe puis en la soudant. Empruntée à un procédé industriel du tuyau de gaz, elle donne aux bijoux Bulgari, notamment à la ligne Serpenti, leur souplesse serpentine caractéristique.

Depuis quand Bulgari appartient-il au groupe LVMH ?

LVMH a racheté la majorité du capital de Bulgari en mars 2011, pour un montant proche de 5,2 milliards d’euros. La maison reste toutefois basée et produite à Rome.

Quelle différence avec les pages consacrées au Serpenti ou au B.zero1 ?

Cet article retrace l’histoire de la maison Bulgari dans son ensemble, de sa fondation à son entrée dans le groupe LVMH. Les collections Serpenti et B.zero1, nées respectivement dans les années 1940 et en 1999, font l’objet de pages dédiées sur ce magazine.

Pour aller plus loin

Lien commercial — Envie de bijoux où la couleur joue le premier rôle ? Découvrez les créations de France Joaillerie.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *